L’offre économiquement la plus avantageuse
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Maxime Jacob, Pierre Ravenel et Antoine
Pasquier-Desvignes auteurs de louvrage « loffre économiquement
la plus avantageuse » publié aux éditions du Moniteur,
étaient nos invités.
Ils ont donné une réponse à toutes les questions de nos abonnés sur les choix des critères, sur la pondération, sur les méthodes danalyses des offres : comment définir les critères et les sous-critères pour départager les candidats ? Comment choisir sa formule de notation ? Comment monétariser la valeur technique ? Quels sont les risques et les éventuels effets pervers de chaque système ? Que devient la commission dappel doffres ? Et à bien dautres interrogations Voici la synthèse de cet échange. |
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Critère unique du prix et marchés de travaux.
Au vu de la jurisprudence européenne (CJCE 7 oct 2007, Sintesi SpA c/
Autorità per la Vigilanza sui Lavori Pubblici) et de celle du mois dernier
du Conseil d'Etat, comment apprécier la complexité d'un ouvrage
(justifiant une pluralité de critères de jugement des offres)
pour des opérations de bâtiment ? Jusqu'à présent,
les deux arrêts se rapportaient à des opérations d'infrastructure
(parking souterrain, construction de routes).
Il n'y a pas de différences majeures entre infrastructures
et bâtiments en ce qui concerne la complexité dès lors qu'il
y a une marge de manuvre qualitative laissée à l'entrepreneur
(organisation du travail, savoir-faire, technicité .) Le critère
prix uniquement s'applique à des travaux complètement normés.
J'ai un appel d'offres dans le cadre d'un groupement
de commandes avec : 10 adhérents - 145 lots pour la fourniture de conserves.
Comment gérer les sous-critères qualité des différents
produits afin de pouvoir formaliser les résultats sur un compte-rendu
qui sera présenté à la CAO ?
La réponse tient en deux points :
1- de toute façon, la CAO juge lot par lot ; la présentation à
la CAO doit respecter cette contrainte.
2- pour simplifier et accélérer l'analyse, il est souhaitable
d'avoir, autant que possible, des sous-critères qualitatifs identiques
pour que les explications les concernant ne soient pas à représenter
à la CAO pour chaque lot.
Dans l'hypothèse où le pouvoir adjudicateur
impose une option, comment se fait le choix de l'offre économiquement
la plus avantageuse ?
En particulier :
- a- la comparaison des offres, offres de base et options, doit-elle se faire
séparément ?
Nous souhaitons rappeler que le cas des options est différent de celui
des variantes. L'option est proposée et définie par le pouvoir
adjudicateur, donc tous les candidats doivent y répondre. Cest
un élément du cahier des charges. Il y a donc deux classements
différents : un premier hors option, un deuxième avec option.
b- dans l'affirmative, deux classements séparés
sont établis, l'un pour les offres de base, l'autre pour les options.
Aussi, lors de la levée de l'option, suffit-il, pour le pouvoir adjudicateur,
de se reporter au classement approprié? Ou bien est-il nécessaire
de comparer la meilleure offre de base avec la meilleure option ?
IL s'agit d'un choix du pouvoir adjudicateur en fonction
de son budget.
- ou bien, il choisit la meilleure offre de base
- ou bien, il choisit la meilleure offre avec option.
Il ny a pas lieu de comparer les deux meilleures offres puisquelles
ne correspondent pas à des cahiers des charges identiques en tous points.
c- peut-on demander aux candidats de démontrer eux-mêmes dans leur
offre la plus value de l'option en terme de résultat par rapport à
la solution de base ?
L'option étant proposée par l'acheteur public,
le candidat nest pas dans lobligation de démontrer lintérêt
de loption, contrairement au cas de la variante proposée par le
candidat. En revanche, lacheteur public peut ainsi chiffrer la plus value
que représente loption.
Concernant l'offre unique, lorsqu'une seule offre recevable
est déposée comment justifier qu'il s'agit de l'offre économiquement
la plus avantageuse dès lors qu'il n'est pas possible d'effectuer une
comparaison (difficulté de la notation selon les critères).
Dès lors que l'offre unique répond au besoin
et correspond à votre estimation financière, il n'y a pas de raison
de la rejeter, hors linsatisfaction de la CAO en ce qui concerne l'état
de la concurrence.
Que reste-t-il comme liberté de la manuvre
à la CAO lorsquune méthode de notation mathématique
lui amène sur un plateau un classement des offres ? Va-t-elle devenir
une simple chambre denregistrement ?
Ce souci est bien légitime ; nous indiquons dans
notre ouvrage (pages 252 et 253) que la CAO doit être impliquée
en amont de la consultation à la fois pour la pondération des
critères et pour la validation des méthodes d'évaluation
des offres utilisées. Il peut s'agir d'une intervention par catégorie
de marchés ou spécifique à un marché en raison de
son importance. Signalons qu'au niveau des marchés de l'Etat, la Commission
des marchés de lEtat, qui intervient avant le lancement de la procédure,
fait précisément des remarques sur ce sujet. Certaines collectivités
territoriales pratiquent déjà cette démarche.
Y a-t-il un nombre de critères à ne pas
dépasser ?
Théoriquement non. Il faut néanmoins se
poser la question de l'utilité réelle de chaque critère.
De plus, lorsque les critères sont nombreux, il faut les organiser clairement
en critères et sous-critères. Il faut faire attention à
la redondance qui peut résulter de la multiplicité des critères
, cest à dire le risque de juger deux fois la même qualité
sous une dénomination différente.
Cas de marchés de services (prestations intellectuelles)
: j'ai vu des marchés où dans les sous-critères de jugement
des offres, on demandait les CV et expériences du personnel chargé
de l'exécution des marchés. Or, ces docs sont déjà
demandés pour l'enveloppe candidature. J'ai du mal à comprendre
comment on peut demander cela (quel motif) et surtout est-ce que cela ne revient
pas à juger 2 fois sur les mêmes éléments ? Quelle
est la bonne manière de procéder ????
La jurisprudence incite à bien distinguer les renseignements
demandés au titre des critères des candidatures et au titre des
critères d'attribution des offres (voir à ce sujet CE,29 décembre
2006, Société Bertele c/ Ville de Lens n° 273783). Effectivement
dans un marché de services, au titre des candidatures, on ne peut demander
que des renseignements généraux sur l'entreprise. Au titre des
critères d'attribution, on peut demander la composition précise
et nominative de l'équipe qui sera chargée de la prestation. On
ne peut pas demander deux fois les CV, il vaut donc mieux les demander au niveau
du choix de l'offre.
Doit-on communiquer au préalable la méthode
de sélection des fournisseurs choisie ? Et si oui à quel moment
et comment ?
Si vous entendez par méthode de sélection
les méthodes de notation des offres, pour le moment il n'y a pas d'obligation
de publicité. Cependant, les méthodes doivent être définies
en amont de la consultation afin d'éviter toute suspicion quant à
leur objectivité. Certaines collectivités affichent déjà
dans leur règlement interne voire dans le règlement de la consultation,
les méthodes de notation des prix.
Dans une réponse au sénateur PIRAS publiée au JO du Sénat
du 08/03/07 page 534, le MINEFI reconnaît que la méthode de notation
na pas à être publiée mais quelle doit pouvoir
être justifiée devant le juge et recommande de façon plus
générale la plus grande transparence. Il sagit dune
réponse pour le moins subtile qui montre que la doctrine peut évoluer
sur ce point dans les années à venir.
Est il possible de modifier le poids des sous critères
en cours de consultation ?
Non, parce qu'il est préférable d'afficher
dès le départ le poids des sous-critères, donc on ne peut
plus les modifier ensuite.
Seule exception, si vous aviez prévu des fourchettes de pondération
; mais là encore une réponse du MINEFI (dans le chat achatpublic.com
de M.Grand dEsnon réponse N° 28. PONDERATION DES CRITERES -
FOURCHETTE) précise quil ne faut pas fixer les pondérations
définitives en fonction des offres reçues !
Merci de votre réponse, mais afficher sa notation
c'est aussi un risque de favoriser les ententes ?
C'est le risque de la transparence et cela dépend
du niveau de concurrence entre les fournisseurs.
Bonjour, je suis face à une problématique
précise : je souhaite intégrer la dimension développement
durable dans le choix de l'offre économiquement avantageuse. Quels critères
mettre en avant ?
Pour nous, le fait de retenir l'offre économiquement
la plus avantageuse n'est pas à opposer à la mise en oeuvre du
développement durable bien au contraire. Pour cela, plusieurs critères
peuvent être utilisés (cf. article 53 : performance en matière
de protection de l'environnement, d'insertion, caractère innovant...).
En particulier, le coût global permet de concilier la recherche de l'offre
économiquement la plus avantageuse, avec les aspects environnementaux
et également sociaux (cf. notre ouvrage page 143 lexemple de la
Mairie des Mureaux où le surcoût dinvestissement HQE est
de 4% pour des économies de fonctionnement substantielles et page 157
lexemple de lOPAC de Paris qui, pour certaines catégories
de marchés dentretien courant affiche une pondération du
critère dinsertion sociale de 60%).
Bonjour, la rédaction de l'article 53 CMP si elle
pose les bases légales du référentiel de cotation des offres,
laisse néanmoins irrésolus certains points d'incertitude que je
vous remercie de bien vouloir nous aider à résoudre : que signifie
la fourchette dont l'écart est approprié pour déterminer
la pondération de chaque critère, devant l'obligation de déterminer
de façon transparente les mécanismes sous-tendant l'attribution
du marché à l'offre économiquement la plus avantageuse
?
Selon une jurisprudence (TA Paris, 4 novembre 2005, Société
STERIA, req. N° 0517069/3-5), le caractère approprié de la
fourchette de pondération s'apprécie en fonction de l'objet du
marché et du caractère raisonnable de cette fourchette. En l'occurrence
il s'agissait d'un marché relatif au dossier médical informatisé
pour lequel le juge a considéré qu'en raison du caractère
novateur et expérimental du sujet, la pondération pouvait inclure
des fourchettes. Les cas dans lesquels les fourchettes de poids nous semblent
appropriées : marché d'une technologie évolutive, accords-cadres,
variante qui souligne l'intérêt d'un critère mésestimé...
Pour plus de références cf. notre ouvrage page 170 et notre article
dans le numéro de janvier 2007 de la revue CP- ACCP.
Vous pourrez également vous référer à la réponse
du MINEFI dans le chat à achatpublic.com, réponse N° 28. PONDERATION
DES CRITERES - FOURCHETTE).
Comment indiquer à l'avis de marché, que
l'écart de la pondération sera variable ? Selon quoi ?
Dans notre ouvrage page 171,nous expliquons que la variation
doit plutôt s'exprimer en pourcentage qu'en nombre de points ; on n'est
pas obligé de prévoir une variation de la pondération de
tous les critères. Il faut veiller toutefois à ce que la somme
des poids de tous les critères soit bien de 100%. On peut aussi envisager
de faire varier les pondérations seulement au niveau des sous-critères,
ce qui est une manière de répondre à une question précédente
sur la variation des pondérations des critères ou sous-critères.
L'offre économiquement la plus avantageuse doit
prendre en compte des objectifs de développement durable (art 5). Quels
outils existe-t-il aujourd'hui pour apprécier la performance en matière
de développement durable d'une offre? Quels place réserver à
la performance durable dans les critères de notation ?
La place réservée au développement
durable par rapport aux autres considérations, comme les considérations
purement financières par exemple, est une question qui ressort du niveau
politique. Au niveau opérationnel, il est préférable d'utiliser
des référentiels officiels (cf. ceux reconnus par le plan national
d'action pour des achats publics durables).Selon les cas, cest à
dire selon quils sont plus ou moins répandus, ces référentiels
seront introduits dans les règlements de la consultation et les cahiers
des charges, sous forme de spécifications techniques (article 6 du code)
ou de critères (article 53) ; dans ce dernier cas, le critère
mesure la performance de loffre par rapport à aux exigences du
référentiel.
Des outils d'accompagnement existent dont nous parlerons dans notre blog : www.achat-public-performant.fr
Peut-on communiquer le nom du candidat retenu et le montant
pour lequel le marché est attribué par téléphone?(quand
un candidat nous le demande par téléphone)les délais sont
les mêmes à respecter que ceux par écrit ?!
Oui si ces informations ont déjà été
publiées par ailleurs selon les formes prescrites par le CMP.
L'analyse des offres selon une définition ordinale
(>, <, =) pour des critères sans unité de classement a priori
(cas typique de la qualité, de l'esthétique) n'est-elle pas la
porte grande ouverte au recours ?
En matière qualitative, il est possible
de définir des niveaux de qualité attendus (barèmes cf
page 188 de notre ouvrage, le barème du guide romand pour les marchés
publics). On n'est pas dans le cas d'une notation purement ordinale.
En matière esthétique, il faut favoriser la collégialité
du jugement et sa transparence pour éviter les recours (cf. méthode
des cartes-notes proposée initialement par Pictet et Bollinger et développée
dans notre ouvrage page 190). Enfin, le Conseil d'Etat (CE, Ville de Toulouse
c/ Decaux, req. n° 280197) indique qu'il est nécessaire d'expliciter
ce que l'on entend par critère esthétique (cf. notre blog archives
septembre 2006) pour ne pas donner une liberté inconditionnée
de choix au pouvoir adjudicateur.
L'échelle de notation des offres par des critères
"qualitatifs", nécessite a priori d'établir des référentiels
capables de couvrir avec une note de 0 à 20/20, l'intégralité
des offres. Comment mesure-t-on en mode numérique, les écarts
qualitatifs entre 2 offres, pour les intégrer dans l'analyse multi-critère
tendant à la détermination de l'offre économiquement la
plus avantageuse ?
1- Lorsque l'on définit un barème qualitatif
le niveau le moins satisfaisant reçoit la note minimale (0 dans votre
exemple) et le niveau le plus satisfaisant la note maximale (20 dans votre exemple).
Les échelons intermédiaires sont répartis régulièrement
entre ces deux extrêmes. Les échelles de notation doivent être
les mêmes pour tous les critères.
2- Si votre barème entraîne des écarts de notation très
importants entre les diverses offres (cas d'un barème à trois
niveaux soit 0, 10, 20 dans votre exemple) qui vous paraissent surestimer les
différences réelles des offres, alors il faut ajuster le poids
de ce critère de manière à ce que l'écart des notes
sur ce critère ne pèse pas trop lourd dans la note globale.
3- La pondération doit être adaptée en fonction des barèmes
en amont de la consultation en opérant éventuellement des simulations.
