APC : comment allez-vous établir un bilan de l’achat hospitalier en France ?

Elisabeth Beau : je ne suis pas spécialiste de cette question, il s’agit donc de l’aborder avec un œil neuf. L’objectif est de dégager pour les hôpitaux une plus grande marge de manœuvre, en réalisant des économies sur les achats, et en réfléchissant aux modes d’organisation. Vu de l’extérieur, le professionnalisme reste à développer dans ce secteur, où des opérations très techniques sont réalisées par des personnels administratifs. De même,.

APC : quelle méthode allez-vous utiliser ? Avec qui allez-vous travailler ? Pensez-vous faire appel à des apports extérieurs comme les associations professionnelles ?

Elisabeth Beau : dans un premier temps, il s’agit de donner des bases simples à notre étude. Nous allons donc partir d’un bilan chiffré pour constater la diversité des pratiques d’achat dans les hôpitaux, en nous basant sur une quinzaine d’hôpitaux volontaires. A partir de 50 produits courants (pharmacie, produits médicaux, produits d’entretien…), nous allons comparer les différences dans les modalités d’achats. Il s’agit d’explorer l’état du marché des biens et des services. Ensuite, à partir de ces bases, nous passerons à des sujets d’études plus complexes.

En plus des directeurs d’hôpitaux et des consultants retenus, je ne suis pas du tout opposée à travailler avec des experts ou des associations professionnelles. Ils doivent pouvoir être associés, sans pour autant devenir des groupes de pression. Mais il y a des inconnues. Par exemple, il sera délicat de faire travailler ensemble des sociétés de conseil qui étaient concurrentes lors de l’appel d’offres que nous avons lancé au démarrage de la MEAH.

APC : pourquoi les achats hospitaliers figurent-ils dans les pistes de réflexion de la MEAH ?

Elisabeth Beau : j’ai proposé ce sujet, parce qu’il avait plusieurs opportunités. Déjà avec la réforme à venir du Code des marchés publics, laquelle va éviter aux hôpitaux de se lancer dans de grandes procédures pour effectuer des achats de faible montant. Tout comme le contexte actuel de réflexion sur la simplification des procédures administratives, qui doit aboutir à la dématérialisation. Enfin, cela sera peut-être l’occasion de réaliser dans ce secteur des économies.

APC : comment se présente votre calendrier de travail ?

Elisabeth Beau : Pour la première phase, qui s’étale jusqu’au 15 octobre, nous allons réaliser ou faire réaliser un audit auprès de la quinzaine d’établissements retenus sur ce thème. Nous allons d’abord sélectionner les sociétés de consultants qui procéderont aux recueils d’informations complémentaires. A la fin du mois de juillet, une réunion avec les directeurs d’hôpitaux et les cabinets retenus a fixé les lignes de travail, et balisé le recueil d’informations sur les 50 produits qui sera effectué au mois d’août, ce qui permettra de faire un relevé des données au mois de septembre. Dans une seconde phase, après le 15 octobre, nous nous réunirons de nouveau pour bâtir nos objectifs, et aboutir à un second appel d’offres fin 2003.

APC : pensez-vous travailler uniquement sur le sujet de l’organisation des achats en milieu hospitalier, ou élargir la réflexion à des sujets annexes, comme le statut de acheteurs hospitaliers ?

Elisabeth Beau : La palette de sujets abordés sera large. Par exemple, la question de l’application du Code des marchés publics à l’achat des médicaments s’inscrit pleinement dans ce cadre : pour cela, nous travaillerons sur le rapport consacré au médicament à l’hôpital (2). Mais nous élargirons notre étude à d’autres problématiques, notamment en matière de gestion des ressources humaines, comme sur la question des compétences des acheteurs hospitaliers, leur recrutement dans l’hôpital, leur niveau de responsabilités… Autre sujet sur lequel nous pourrons nous pencher, le taux d’équipement des hôpitaux en matière informatique, leurs habitude de travail avec Internet ou des réseaux intranets. Nous étudierons aussi les modes d’organisation des achats des autres hôpitaux européens. Plusieurs nouveaux thèmes de réflexion vont émerger au fur et à mesure de nos travaux, sur lesquels nous ne travaillerons pas forcément nous-mêmes.

Propos recueillis par Capucine Cousin © Achatpublic.com, 07/08/2003

(1)     L’appel d’offre auprès des établissements hospitaliers, publics et privés, pour plancher sur un ou plusieurs des thèmes de travail arrêtés par le ministère de la Santé, a été clôturé à la fin de la première semaine de juillet

(2)     Rapport remis au ministre de la Santé Jean-François Mattei le 13 juin suite à une mission qu’il avait confiée à Jean-Yves Grall, Bernard Monier, Marie-Christine Woronoff Lemsi et Jean-Paul Bastianelli. Elle avait pour objet d’identifier les causes de la hausse des dépenses de médicaments à l’hôpital et de définir des pistes pour améliorer l’utilisation de plus en plus coûteuse de médicaments.

Pour en savoir plus

Lire l’article sur les objectifs de la MEAH

www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/hopital2007/index.htm

Un site dédié à la MEAH devrait ouvrir, avec des comptes-rendus des travaux. Il sera accessible à partir de la fenêtre « Hôpital 2007 » sur le site du ministère de la Santé, www.sante.gouv.fr.